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 EDITORIALS & OP-EDS 
EDITORIALS & OP-EDS / La Bosnie offre une image terrifiante de l'avenir de l'Europe
Date of publication at Tlaxcala: 21/02/2014
Original: Bosnia presents a terrifying picture of Europe's future
Translations available: Deutsch  Español 

La Bosnie offre une image terrifiante de l'avenir de l'Europe

Igor Štiks

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Les gens ordinaires de Bosnie-Herzégovine montrent à l'Europe comment éviter de somnambuler vers une catastrophe de l'ampleur de celle d'il y a un siècle.

 

Le Pont Mehmed Pacha Sokolovitch sur la Drina à Višegrad, aujourd'hui en Republika Srpska

Exactement 30 ans après que la flamme olympique eut été allumée à Sarajevo en 1984, la ville était à nouveau en flammes. Au cours des dernières semaines, des manifestants ont pris d'assaut les bâtiments du gouvernement dans une explosion de colère contre leur situation sociale, la pauvreté endémique, l'économie moribonde et la stagnation de la vie sociale et politique. Lorsque la flamme a été allumée en 1984 j'avais sept ans et je vivais juste en face du Stade olympique. Nous n'avons pas pu dormir pendant deux semaines, tant la flamme était puissante. Mais nous étions dans le même temps très heureux : c'était une flamme de prospérité, de paix et de possibilités infinies.
 
À l'époque, Sarajevo projetait une image de ce que l'Union européenne voulait pour ses pays membres : prospère, diversifiée et laïque avec des industries qui fonctionnaient, l'égalité sociale, une mobilité sociale enviable et une croissance constante. L'Union européenne, comme nous le savons maintenant, a échoué à être à la hauteur de cette ambition.
 



Matin silencieux, par Mirza Ajanovic, Sarajevo 1992

Il y a aussi une autre scène du passé. Dix ans après les Jeux Olympiques, Sarajevo était en ruines, l'image exacte de ce que l'Europe pensait avoir laissé derrière elle : une ville assiégée et détruite, victime de la résurgence du nationalisme et du sectarisme, et le paysage de la Bosnie parsemé de camps de concentration et de fosses communes. L'Europe regardait sans rien faire, comme si l'image qu'elle croyait avoir enfoui pour toujours dans son passé avait un effet par trop hypnotique.
 


Pas, installation d' Alfredo Pierri, Biennale du Souterrain, abri antiatomique D- 0 , ARK Konjic , Bosnie-Herzégovine, 2013. L' ARK est un énorme bunker autrefois secret construit pour abriter la direction communiste de Yougoslavie en cas de guerre nucléaire à Konjic, au sud de Sarajevo

 
Et voici qu'une fois de plus Sarajevo et la Bosnie tendent un miroir à l'Europe, à son présent et à son avenir. Les villes de Bosnie ressemblent au Londres de l'été 2011 et aux banlieues parisiennes de 2005 : une explosion de colère et la destruction anarchique de tous les symboles du pouvoir politique, économique et social. Près de 20 ans après l'accord de paix de Dayton, il semble que les élites locales et les acteurs internationaux n'aient trouvé un consensus que sur un point : comment restaurer rapidement le capitalisme dans le pays. Pourtant, c'est la privatisation de masse qui a conduit à la désindustrialisation presque totale et à la dépendance à l'égard de l'importation de biens et services financée par l'esclavage pour dette des citoyens et de leur État ​​affaibli.
 
Le résultat est que les élites ethno-nationalistes, largement responsables de la guerre, ont été récompensées dans la paix, non seulement par la partition ethnique, mais aussi avec toute la richesse des territoires qu'elles contrôlent. C'était l'élite que la communauté internationale et l'Union européenne, à travers leurs politiciens marginaux envoyés comme "Hauts- représentants", ont traitée comme leurs principaux partenaires. Les citoyens devaient être tenus à l'écart.
 
Mais il y a une grande différence avec les émeutes qu'on a vues dans d'autres villes européennes, et c'est là que la Bosnie parle directement à situation actuelle de l'Europe : il ne s'agit pas ici d'une rébellion de groupes discriminés et ghettoïsés, territorialement contenus à la périphérie des grandes villes. Il s'agit d'une rébellion de l'ensemble de la population qui a été soumise à l'appauvrissement économique, la dévastation sociale et la misère politique. En cela, la Bosnie est une image de l'avenir de l'Europe : des populations ingouvernables, épuisées par des mesures d'austérité et abandonnées à elles-mêmes après l'effondrement des restes de l'État-providence- un État sans aucune perspective de croissance, dirigé par des élites à la légitimité douteuse, sinon inexistante, qui déploient des policiers lourdement armés pour se protéger contre les citoyens ordinaires.
 
Cependant, la Bosnie-Herzégovine d'aujourd'hui envoie aussi une autre image. Dans tout le pays des assemblées populaires - ou plénums - ont été mises en place, et un exemple particulièrement louable est celui du plénum de Tuzla, qui est devenu si important qu'il est maintenant en mesure de procéder à des nominations à l'administration locale. Nous parlons de gens ordinaires qui sont désespérés et en colère, mais en même temps déterminés à lutter pour une vie meilleure, en dépit de tous les obstacles institutionnels. Ils ne se contentent pas simplement de crier des slogans sur ce à quoi la démocratie devrait ressembler, mais mettent en pratique la démocratie participative à la place.
 
 
La Bosnie nous montre des scénarios de troubles dans d'autres villes européennes, mais aussi un moyen d'en sortir, à travers la lutte de ses citoyens pour la justice sociale, l'égalité et la démocratie. De fait, la Bosnie offre une image de ce que l'Europe doit devenir afin de ne pas somnambuler à nouveau vers une catastrophe comme celle d'il y a un siècle, quand l'assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo marqua le début de la Première guerre mondiale. L'Europe n'a pas écouté alors comme elle n'a pas suivi l'image que la flamme olympique de Sarajevo projetait devant ma fenêtre en 1984. Va-t-elle échouer à comprendre le message que les citoyens de Bosnie envoient aujourd'hui ? L'Europe va-t-elle s'engager à étouffer cette flamme pour la voir ressurgir dans un autre coin du continent, très vite, quand il pourrait être trop tard ?
 

Tuzlarije

Le plénum de Tuzla

http://www.mojevijesti.ba/slike/novosti/AAA%20MOJE%20VIJESTI/BOSNA%20I%20HERCEGOVINA/plenu-sarajevo-dom-mladih.jpg

Le plénum de Sarajevo





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/feb/17/bosnia-terrifying-picture-of-europe-future
Publication date of original article: 17/02/2014
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=11465

 

Tags: Bosnie et HerzégovineSarajevo 1914EuropeUnion européenneRévoltes logiquesMouvements sociauxMouvements civiquesPrivatisationsAustéritéDémantèlement État-providence
 

 
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